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Voir ce que les toiles font ensemble

Nos jours heureux — Galerie Orlinda, Mulhouse


Il y a un moment que j’attends sans vraiment le formuler, celui où les toiles quittent l’atelier.

Jusqu’à présent, elles avancent les unes à côté des autres, chacune avec son propre équilibre. Je vis avec elles, je les regarde, mais elles restent encore isolées. Elles existent comme des fragments, sans que je sache complètement comment elles vont tenir ensemble.


Puis vient le moment de les déplacer.

Je les transporte, je les pose dans un nouvel espace, encore au sol, appuyées contre les murs, en attente. Rien n’est fixé. Tout reste ouvert. À cet instant, je sais que je ne vais pas les accrocher moi-même, que quelqu’un d’autre va décider de leur place, les déplacer, les mettre en relation. Ce léger retrait change ma manière de les regarder.

Je ne suis plus uniquement dans le faire, je commence à voir.

Très vite, quelque chose se met en place. Les toiles, même posées au sol, ne sont déjà plus seules. Elles entrent en dialogue. Une image en appelle une autre, une couleur se prolonge, certaines tensions apparaissent plus clairement tandis que d’autres se déplacent. Une toile que je trouvais juste devient presque trop forte à côté d’une autre, tandis qu’une

image plus discrète trouve soudain sa place.


C’est souvent à ce moment-là que je comprends mieux ce que je fais.

À l’atelier, je travaille image par image, mais en les réunissant, ce n’est plus une suite. Le regard circule, il ne s’arrête plus au cadre. Quelque chose se construit dans l’espace entre les toiles.

Avec les nouvelles pièces, ce déplacement est encore plus sensible. J’ai commencé à intégrer des tissus, des papiers peints anciens. Ces matières ne sont pas venues comme des ajouts, mais comme une évidence progressive. Elles portent déjà une présence, une usure, un motif, et ne disparaissent pas complètement sous la peinture.

En les regardant ensemble, je vois que ces éléments ne restent pas attachés à une seule image. Un papier peint fait écho à une autre toile, un motif réapparaît ailleurs, une surface vient renforcer ou déséquilibrer une composition voisine. Ce qui était encore diffus à l’atelier devient plus lisible.


Ce moment de passage est simple, presque silencieux, mais il est décisif. Il ne s’agit pas de mettre en ordre, mais de laisser apparaître des relations. Je ne cherche pas à raconter une histoire, je cherche à voir si les images tiennent ensemble, si quelque chose circule entre elles.

Et parfois, elles tiennent, sans que je sache exactement pourquoi.


Peut-être que cette exposition commence là, dans cet espace où les toiles cessent d’être des images isolées et deviennent un ensemble que l’on traverse.





Galerie Orlinda — Mulhouse

10 avril au 16 mai 2026


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